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Dossier The International 2015

Bilan e-sportif de la saison 2013-2014 (4) : The International 2014

31 août 2014 à 18:25 | Par Darwyn | 14 commentaires

Depuis la fin de TI4, la saison 2013-2014 est close. JoL Dota 2 revient sur l'ensemble de la période écoulée et revient sur le championnat de fin de cycle.


L'importance de The International

Depuis 2011, The International fait office de vitrine du jeu. A l'origine, le tournoi permet de faire connaître Dota 2, encore en développement : pour ce faire, Valve le dote d'un prix très élevé, 1,6 million de dollars. Il devient le plus gros tournoi e-sportif organisé dès sa première édition.

Dix tournois majeurs ont été organisés sur Dota 2 entre TI1 et TI2, tous en Occident ; ce sont les débuts des Star Ladder Series, de la Premier League, de The Defense... Mais les prix distribués par ces dix tournois ne représentent que 10 % à peu près du prix de The International, qui écrase totalement la concurrence. Cette faiblesse des prix des tournois intermédiaires n'incite pas encore les équipes chinoises à migrer.

Seattle, the International 2 : une mise en scène grandiose

The International 2012 au Benaroya Hall

En 2012, The International se professionnalise - première organisation à Seattle, ville de Valve - et s'inscrit dans la continuité : le prix reste fixé à 1,6 million, toujours fourni par Valve. Le tournoi fait office de championnat du monde et, avec son prix élevé, il est aussi un produit d'appel qui incite les équipes et les joueurs à quitter DotA définitivement pour Dota 2. La Chine domine cette deuxième édition, les premiers gros tournois Dota 2 arrivent en Chine, les grosses écuries passent pour de bon sur Dota 2.

La saison 2012-2013 voit la multiplication des tournois majeurs : vingt-huit tournois distribuent plus de 10 000 $ de prix. Pour la première fois, un tournoi distribue plus de 100 000 $, la Super League (Chine). Au total, 850 000 $ de prix ont été distribués sur la saison, soit un peu plus de 50 % du prix de TI jusque là et cinq fois plus que pour la première saison.

Avec l'arrivée du Compendium, The International 2013 franchit une nouvelle barrière : au 1,6 millions de Valve s'ajoute 1,2 millions et des poussières amenés par la communauté. TI3 dépasse le précédent record pour un tournoi e-sportif. The International continue à jouer le rôle d'un produit d'appel : l'augmentation des prix pour la saison suivante est énorme (voir le premier volet de ce bilan).

Le total des prix des tournois majeurs pour 2013-2014 dépasse celui de TI3, de peu. A ce titre, le pari de Valve de miser sur la communauté et sur des organisateurs externes pour l'essentiel de la compétition est un succès. Arrivent les premières informations sur The International 2014. Un léger malaise se ressent en avril/mai : l'organisation semble floue, le calendrier risque d'être bousculé puisque la rumeur court d'un avancement du tournoi (elle se confirmera quelques semaines plus tard, perturbant d'autres compétitions prévues avant). Un parfum d'amateurisme flotte sur la préparation de la quatrième édition : on en ressentira les effluves avec les objectifs liés au Compendium, atteints manifestement trop vite.

Le Compendium, livre virtuel relié à TI4

Le Compendium 2014

Qu'importe : The International se profile, le Compendium est mis en vente, avec ses fonctionnalités évolutives. Enorme succès commercial, Valve engrange les millions à toute allure, le prix enfle à une allure démentielle. Le tournoi fait le buzz au fur et à mesure que des paliers sont franchis : 3 millions, 4, 5, 8, 10 millions ! En définitive, ce sont près de 11 millions de prix qui sont distribués à la fin du tournoi. Le prix a été multiplié par quatre par rapport à TI3 et représente 3,6 fois le montant des prix cumulés des tournois majeurs de la saison passée : malgré la hausse impressionnante sur la saison, l'écart se creuse finalement (en 2013, TI3 représentait 3,4 fois le montant des gains cumulés de la saison).

The International 2014, en ce sens, peut être source de fragilisation. En ne plafonnant pas le montant maximum, Valve a fait le choix d'un tournoi aux prix gigantesques, sans commune mesure avec les autres tournois. Cela fait certes parler du jeu, mais cela amoindrit l'intérêt du public pour d'autres compétitions, y compris celles à plus de 100 000 $ : ce sont pourtant des sommes importantes pour de l'e-sport. Cela rend également encore plus fondamental un bon résultat à TI. Pour les meilleures équipes compétitives, finalement, une victoire à TI compte encore plus qu'avant par rapport aux victoires dans le reste des tournois. En remportant TI4, NewBee a gagné plus d'argent que toutes les équipes du monde sur l'ensemble de la saison 2013-2014.

Conséquence directe : les gros tournois augmentent leurs prix pour la saison 2014-2015. Mais, de ce fait, l'écart grandit toujours plus entre les grosses compétitions et les autres, entre les grandes équipes professionnelles d'un côté et les équipes semi-professionnelles ou amateurs de l'autre. In fine, le système ne favorise pas l'apparition d'une pépinière de petites équipes.

A ce rythme, The International risque de continuer à dicter sa loi au paysage compétitif. Le tournoi a permis à Dota 2 de se faire connaître et de se développer - il faut maintenant veiller à ce qu'il n'étouffe pas le reste des compétitions. Or, pour Valve, il sera important en 2015 de ne pas encaisser une baisse substantielle du prix. L'erreur est peut-être de ne pas avoir annoncé une limite à 5 ou 6 millions, pour favoriser une augmentation en douceur.

L'évolution comparée des prix de TI3 et TI4 (source : prize tracker de Cyborgmatt)
L'évolution comparée des prix de TI3 et TI4 (source : prize tracker de Cyborgmatt)

Il faudra aussi, pour TI5, plus de professionnalisme de Valve. Anticiper davantage, prévenir les organisateurs en amont. Si TI doit rester le temps fort de l'année, sans compétitions intermédiaires majeures (des championnats régionaux, par exemple), ses dates doivent être connues plus tôt pour ne pas perturber les organisateurs externes.

 

La Chine dominante

Il ne s'agit pas ici de raconter par le menu l'ensemble du tournoi - pour cela, il suffit de se reporter à cette page, qui liste tous les articles de couverture sur JoL Dota 2 - mais simplement de voir les conclusions qui peuvent en être tirées par rapport à l'ensemble de la saison.

Le beau tournoi de VG, la magnifique remontée de NewBee, les échecs d'EG et DK, les espoirs de Cloud 9, la catastrophe pour Alliance et Na`Vi... tout cela est à retrouver dans nos articles précédents.

Tout d'abord, il faut noter que TI4 a procédé à une redistribution des cartes au niveau des équipes, avec finalement une hiérarchie inattendue. Les équipes dominantes du début de saison, Alliance et Na`Vi, ont subi un tournoi difficile, en particulier pour les champions 2013. Les autres équipes qui ont temporairement brillé sur la scène européenne se sont également effondrées.

En revanche, des équipes moins attendues comme LGD ou, plus encore, Liquid, ont réalisé un très beau parcours. Cette année plus qu'auparavant, passer par les qualifications n'a pas été un synonyme d'échec (même si Na`Vi.US et plus encore Arrow Gaming ont beaucoup souffert). Le classement final n'est pas celui auquel on pouvait s'attendre à quelques semaines de l'évènement, ni même à son début, tout simplement car les favoris ne se sont pas montrés à la hauteur, à un moment ou à un autre du tournoi.

Alliance, vainqueurs de The International 2013, avec l'Aegis of the Champions

Les champions 2013 n'ont pas accédé aux phases finales en 2014

Le fait le plus marquant de TI4 est la nouvelle donne des équilibres régionaux : The International 2013 est oublié, l'Europe s'est écroulée et la Chine a repris sa place au sommet du Dota 2 mondial. Contrairement à la saison précédente, les équipes chinoises ont beaucoup joué et l'ont encore moins fait en vase clos ; de plus, elles ont su parfois attirer des joueurs étrangers (DK, iG) ou intégrer des joueurs moins vétérans (VG) pour se renouveler.

Les cinq équipes chinoises se sont placées dans le top 8. En comparaison, il n'y a que trois équipes occidentales dans le haut du classement, dont une et demie européenne (Cloud 9 était à la fois européenne et nord-américaine). Les équipes européennes ont subi une véritable humiliation à TI4, se faisant doubler par des équipes nord-américaines en grande forme - et pas seulement EG, dont la performance n'a pas surpris, mais aussi par Cloud 9 ou Liquid.

En somme, après The International 2014, la hiérarchie des régions s'établit comme telle : Chine > Amérique du Nord >> Europe > Asie du Sud-Est. Ce qui n'a finalement rien de surprenant, puisque, tout au long de la saison, c'est plutôt en Chine et en Amérique du Nord que l'on a su se renouveler et s'adapter.

 

Reste une surprise : l'identité des deux finalistes. Tant NewBee que VG étaient incontestablement des équipes de talent. Mais une finale entre elles ? Très improbable. VG avait remporté quelques tournois au cours de la saison (cinq en tout, dont deux qualifications), se plaçant à la neuvième place pour le nombre de victoires mais seulement à la douzième en termes de gains financiers. Toutefois l'équipe n'avait pas réussi à remporter un tournoi important en 2014, en Chine comme en Occident.

Dota 2

NewBee, quatrième championne du monde

NewBee, en raison de sa jeunesse (l'équipe a été formée début 2014, avec des adaptations après), n'avait remporté que deux tournois et se plaçait à la seizième place pour les gains. Certes, NewBee s'était imposée dans le top 3 chinois en mai 2014, défiant DK et iG dans de nombreux matchs, mais avec un succès limité. Et NewBee n'avait pas affronté beaucoup d'équipes occidentales puisqu'elle n'avait participé à aucune LAN en Occident.

Ce sont deux bonnes équipes de la saison 2013-2014 qui dominent TI4, battant les unes après les autres les grandes favorites, celles qui sont réputées très bonnes. Avec un style de jeu et un parcours très différents, VG et NewBee parviennent en finale, laissant derrière elles les équipes plus installées. Le vainqueur de la rencontre s'impose : NewBee a été la seule équipe de toute le tournoi à avoir su gérer correctement le style de jeu de VG, la seule à avoir su briser son rythme dans plus d'une partie.

 

Démesure et déception

Une fois la trop courte finale achevée, le rideau est tombé sur TI4 et sur la saison. Pointent alors des inquiétudes et une sourde déception (qui s'est exprimée très vite sur les forums, sur JoL comme ailleurs).

Tout d'abord, malgré une scène e-sportive en plein essor au cours de la saison, The International 2014 a été gigantesque. Peut-être trop : comment le premier tournoi à dix millions n'éclipserait-il pas l'ensemble de la saison passée ? Une telle démesure empêche les autres tournois - et ils sont de plus en plus nombreux, de plus en plus gros, comme on l'a déjà vu - de se faire connaître en dehors du cercle des spectateurs habituels.

Pis, The International va continuer à pousser les autres organisateurs à la surenchère pour se faire remarquer. L'inflation des prix risque de se poursuivre cette saison, avec la course au plus gros évènement global : le plus gros prix, les meilleures équipes, l'organisation la plus spectaculaire, le lieu le plus théâtral, les commentateurs les plus réputés, etc.

Où est le problème ? Pour le public, qui aura accès à toujours plus de spectacle, le seul risque immédiat est celui de la saturation. Pour les équipes et la scène en général, le danger est d'avoir toujours plus de choses en direction du haut du panier tandis que les équipes de seconde zone manqueront toujours d'occasions de réaliser les quelques gains qui leur permettraient de rester soudées afin de progresser ensemble. S'il y a trop de tournois majeurs, dominés par la même dizaine d'équipes, cela ne laisse pas l'espace nécessaire aux équipes moins fortes pour se faire remarquer, connaître puis pour s'installer dans la durée.

 

A terme, la course au gigantisme risque fort d'occulter tout le reste. Et en cela, The International 2014 aura peut-être des effets pervers sur la saison à venir. En prime, impossible de dire que le tournoi ait été un succès incontestable : trop de ratés ont gâché le spectacle.

En premier lieu, l'organisation en amont n'a pas été formidable. L'incertitude sur les dates et le lieu a duré. Le choix du KeyArena pour passer à un niveau supérieur a imposé un bousculement du calendrier : TI4 était trop proche des grosses compétitions de juin, ce qui a à la fois amoindri l'importance de ces dernières et qui n'a pas laissé assez de temps pour faire monter l'enthousiasme et l'attente. C'est le thème (souvent repris) du fameux "hype" qui n'a pas monté avant TI4.

Le KeyArena à TI4

Le changement de salle présentait des avantages - plus de public, plus de professionnalisme - mais manquait dans l'ensemble de personnalité. L'ambiance était très différente du Benaroya Hall et la présence du public n'a clairement pas été mise en valeur. Pendant les parties, le stream officiel ne montre pas ses réactions : le public n'est visible qu'en creux, entre les parties, avec du coup un a priori négatif puisque l'on voit surtout des bancs vides (normal ! les spectateurs profitent des pauses pour se détendre !), ou à travers les rares interviews. Là encore, cela n'a pas aidé à faire monter l'intérêt pour le tournoi, d'autant plus que les phases sans public ont été très longues par rapport à l'évènement principal.

Le format lui-même du tournoi a suscité maintes critiques, en particulier autour de l'évènement principal. Connaître l'identité d'un finaliste au terme du premier jour n'a pas été très apprécié (et deux équipes du top 3) : cela ne laisse pas de place au suspense et au storytelling, alors qu'il y avait matière à faire au vu de la magnifique remontée de NewBee.

De même, nombreux ont été ceux qui ont regretté l'élimination de la moitié des équipes avant même l'évènement principal. La contrainte venait ici du temps et de l'impéritie de Valve : il eût fallu au moins faire jouer les phases de poule en présence du public - cela n'était pas possible. C'est dans l'ensemble ces poules qui ont le moins convaincu, même si elles ont été l'occasion de belles parties.

 

Au-delà de ces ratés, évidemment, la plus grande déception vient de la finale. Très courte, trop courte, manquant de côté épique et de panache pour les spectateurs, contrairement aux années précédentes (la dernière partie de TI3 restera dans les annales de Dota 2, probablement pas celle de TI4). De plus, elle opposait deux équipes qui ne suscitaient guère d'enthousiasme dans le public et, au-delà, dans la communauté : mal connues en dehors de la scène chinoise, sans personnalités marquantes auxquelles s'attacher.

Le panel d'analystes

Le panel a peut-être trop hésité entre analyses et animation

Valve, ici, n'est pas complètement responsable : ces deux équipes se sont montrées largement supérieures à toutes les autres au cours du tournoi. Mais elles n'ont pas contribué à intéresser le public. Cependant le choix de Valve de professionnaliser le tournoi (avec une retransmission de la finale à la télévision US) n'a pas aidé : on a senti le panel hésiter à se laisser aller et, in fine, l'animation n'a pas suivi.

The International 2014 a-t-il été à la hauteur de son prix ? Il y a fort à parier qu'il ne restera pas vraiment dans les mémoires. Le tout a manqué de frissons, de coups d'éclats, de montée du désir. Démesuré, TI4 a été refermé sitôt terminé - quel dommage pour le plus gros tournoi e-sportif jamais disputé.